Vu le passé de Jaguar, la nouvelle Type 01 est – peut-être – une réussite esthétique !
La Type 01 défraie la chronique par son esthétique pour le moins controversée. Pourtant, elle n’est pas la première Jaguar à diviser par son look, la marque anglaise ayant au fil de son histoire lancé bon nombre de modèles pas exactement séduisants…

C’est une histoire d’épouvante qui frappe Jaguar. La marque anglaise, qui écoulait encore plus de 180 000 autos en 2019, n’en vend plus aucune à l’heure actuelle ! Il faut dire qu’elle a cherché à se réinventer, en ignorant superbement tout ce qui constitue son ADN : grace, pace and space. La grâce, les performances et l’espace. C’est ce qu’avait établi son créateur, William Lyons qui, pourtant, a validé quelques modèles pas forcément très séduisants visuellement.

On pense notamment à la première S-Type, qui a surpris en 1963 par son look bouffi, bien loin du savant équilibre de la Mk II dont elle dérive. Heureusement, la sculpturale Type E, qu’Enzo Ferrari avait qualifiée de « plus belle voiture du monde », compensait. Enfin, jusqu’à un certain point.
En effet, Jaguar n’a pas hésité, pour plaire au marché américain, à la rendre ridicule en lui ajoutant des places arrière. Rallongée et dotée d’un pavillon relevé, la Type E 2+2 rompt totalement la grâce de la version biplace, son habitacle ressemblant à un bocal de poisson rouge.

Les Series 2 et 3 aggravent encore le déficit esthétique par la faute d’un restylage douteux, où les parechocs relevés ajoutent encore à l’enlaidissement. Tout ça pour déboucher sur un coupé qui déconcertera la clientèle plus qu’aucune Jaguar avant lui : la XJ-S, en 1975. Gros projecteurs ovales, flancs rebondis, montants arrière en arcs boutants, elle ne séduit pas vraiment. D’ailleurs, la clientèle lui préfère une concurrente interne : la sculpturale XJ-C.

Pourtant, la XJ-S lui survivra et connaîtra une carrière totalement atypique, où les ventes augmenteront à mesure que la voiture prendra de l’âge ! Les années 80-90 seront celles d’une belle renaissance pour Jaguar, qui osera toutefois le rétro-design avec la seconde S-Type, révélée fin 1998. Pas laide mais discutable par son look, cette berline se vendra pourtant correctement : l’ADN de la marque est respecté.

Mais que dire de la très banale X-type de 2001 ? Dérivant de la Ford Mondeo, elle engendrera des pertes pour Jaguar par son manque de succès. La XJ de type X350, apparue en 2002, redresse la barre par son élégance classique qui s’accompagne d’un haut niveau technologique. Mais chez le constructeur, on se dit que le look délibérément rétro a fait son temps.
Et, une fois encore, on passe d'un extrême à l'autre en révélant en 2009 la XJ X351 au design terrifiant car inutilement chargé. Où est passée l’élégance typique du constructeur ? Elle mettra d’ailleurs un terme à la glorieuse lignée des XJ.

A l'opposé, Jaguar se fourvoiera ensuite dans la banalité avec les XE et XF de 2e génération, aussi insipides visuellement qu’elles sont réussies techniquement. Ou comment oublier qui on est : une démarche d’autant plus incompréhensible que les sportives XK et F-Type, elles, respectent l’ADN de la marque. Et connaissent le succès. Jaguar ratera son passage à l’électrique, par la faute du design là encore, avec son i-Pace, pas vilaine mais ressemblant à tout et n’importe quoi.

On le voit, l’histoire de Jaguar en matière de style est une suite d’errements, alternant entre beauté totale et ratages incompréhensibles. Dans ce contexte, la Type 01 n’a pas à rougir. Certes, elle divise, certes, elle oublie totalement la suprême séduction d’une Type E ou d’une XJ6.
Mais son aspect raconte quelque chose : on ouvre un nouveau chapitre de notre histoire en reprenant tout de zéro. On saluera cette audace ! Il faut dire qu'à l'instar de la Ferrari Luce, cette Jaguar ne s'adresse pas à l'Europe mais aux nouveaux marchés orientaux, où, contrairement au Vieux Continent, on regarde vers l'avant...





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